KENAï
Une seconde chance
Kenai est né de l’union de Pupi et Buck, et n’avait pas encore quatre ans lorsqu’il est retourné à l’élevage. Petit, il avait été nommé Ukaq, signifiant « langue », car il avait toujours un petit bout de langue dehors lorsqu’on prenait des photos.
Il a d’abord vécu à Reims, en pleine ville. Cependant, un changement de vie a contraint sa première famille à se séparer de lui.
Kenai est donc revenu à l’élevage en janvier 2024, où nous avons immédiatement constaté des problèmes de comportement. Il avait du mal à gérer ses émotions, surtout la frustration, ce qui se manifestait par des morsures. Avec le temps, nous avons compris que cela était principalement dû aux contraintes, notamment le fait de partir sans lui.
Avec une enfant de deux ans, il était trop risqué de les confronter. Lui dégager du temps devenait compliqué. J’ai tout essayé pour trouver une solution de replacement en association ou en rééducation, un comble pour la comportementaliste que je suis.
Malheureusement, Kenai n’était de loin pas le seul à nécessiter une aide et nous n’avons donc trouvé aucune place. En tant que maman, je n’étais pas rassurée. Nous sommes très vigilants avec nos chiens, mais avec Kenai, je n’avais aucune confiance.
Nous avons fini par gérer la situation du mieux possible. Notamment à l’aide d’aménagement et quand c’était possible, je faisais une séance d’entraînement avec lui, puis j’ai appris…
Kenai a été une leçon importante dans ma vie personnelle et professionnelle. Bien que j’aie souvent affaire à des chiens abandonnés puis replacés, je n’avais jamais vécu un tel événement de si près.
Dès le départ, il avait compris ce qui se passait : il allait devoir quitter sa famille pour toujours. Son abandon a été un déchirement pour lui. Les premiers jours, il était inapprochable et de mon côté, je manquais de discernement, en proie à mes émotions.
Après les pleurs et les hurlements, puis la colère, il s’est adapté à son triste quotidien : 100 % du temps dans le parc et une balade par semaine, s’il avait de la chance. J’ai tant culpabilisé pour ce chien et pourtant…
Au bout de trois mois, les choses ont changé (tiens donc, me voilà face à mes propres conseils donnés aux clients). Trois mois, c’est le temps qu’il lui a fallu pour nous faire confiance, se laisser caresser, apprécier le contact, réduire ses comportements en fréquence et en intensité, mais surtout comprendre et accepter son abandon.
Il était prêt à rejoindre une famille, mais pas n’importe laquelle : une famille prête à s’investir en prenant conscience des éventuelles morsures sans gravité selon le contexte. Il a trouvé cette perle rare, et encore mieux, cette famille habite à deux pas de chez nous, ce qui m’a permis de continuer le suivi avec lui.
Aujourd’hui, Kenai est un chien apaisé qui a eu la chance de décrocher le loto avec sa nouvelle famille. Leur rencontre a été une évidence, malgré ses antécédents. Il a très vite adopté sa nouvelle famille et leur a fait confiance. L’investissement et l’amour dont il bénéficie vont sans doute effacer ses petits comportements indésirables restants.
Tous les chiens méritent un foyer aimant et patient comme Anaïs et Yannick. Merci infiniment d’avoir vu en lui le chien formidable qu’il est.
Nous leur souhaitons plein de poils, des bisous baveux, des « wouh wouh » au réveil, de la boue dans le salon et dans la voiture, des plaquages, des longues balades, mais surtout des câlins dont seuls les malamutes ont le secret.
Bonne route, mon p’tit nuage.